Angela Merkel à Washington et à Ottawa : convaincante ?

Le spectacle offert par la visite éclair de la chancelière allemande en Amérique du Nord, aux yeux du président Poutine de Russie, n’a pas dû l’impressionner. L’étalage, si discret soit-il, de la divergence fondamentale entre la poursuite pure et simple de la négociation diplomatique, d’un côté, et l’évocation de la possibilité d’armer l’Ukraine pour l’aider à se défendre, ne renforce ni la diplomatie des Européens, ni ne permettra à l’Ukraine de faire face une véritable attaque de la Russie.

Une guerre avec la Russie est impensable et il n’y a pratiquement aucune chance qu’un accord diplomatique quel qu’il soit puisse modifier la nature même de la situation sur le terrain qui, dans la meilleure des hypothèses, sera semblable aux conflits gelés d’Abkhazie, d’Ossétie du Sud et de Transnistrie. Il est étonnant que la pédale douce semble mise sur la seule mesure dont l’efficacité est évidente, à savoir, les sanctions économiques. La timidité avec laquelle les Européens parlent de les augmenter démontre combien l’Europe, en proie à une crise à la fois économique et existentielle, se refuse d’envisager un effondrement de l’économie russe au simple service de la souveraineté et de l’intégrité de l’Ukraine. Et les Européens se félicitent en privé, indépendamment des déclarations péremptoires du secrétaire général de l’alliance atlantique Stoltenberg, de ce que l’Ukraine ne soit pas dans l’OTAN.

Cela étant, certains se demandent ce que ferait la Russie au bord du précipice économique. L’emprise du président Poutine sur la société russe et les rouages du pouvoir est telle que l’on pourrait envisager une descente aux enfers à moins d’un coup d’état. L’instabilité politique générale sur le continent européen ne ferait que s’ajouter au marasme économique et à l’incertitude énergétique inéluctable. En outre, l’Europe trop préoccupée de ses problèmes à l’est et de ses difficultés internes, ne pourrait profiter autant qu’elle le souhaiterait des grandes ouvertures commerciales et d’investissement en Asie Pacifique.

Toutefois, peut-être n’est-il pas nécessaire de provoquer l’effondrement de l’économie russe mais simplement de la frapper plus brutalement sur le plan financier en visant plus particulièrement le secteur des hydrocarbures. Même les oligarques qui doivent leur fortune à Poutine mais qui ont aussi fait la sienne, pourraient décider que la protection de leurs actifs vaut davantage que la protection que leur donne leur maître, et se choisir un nouveau chef.

Le premier ministre du Canada, M. Harper, l’un des plus virulents dénonciateurs de la mainmise par la Russie sur l’Ukraine, semblait donner peu de crédit à la diplomatie tout en la préférant à une solution militaire mais il n’excluait pas, à la Obama, de devoir permettre à l’Ukraine de se défendre. L’ours russe dans sa tanière ne risque pas d’être terrorisé.

Ferry de Kerckhove

Ferry de Kerckhove is a former Canadian ambassador to Egypt, Pakistan and Indonesia. He also served in Tehran, at NATO, and in Moscow. At Foreign Affairs in Ottawa, Ferry was deputy head of policy planning, director-general for international organizations, and the Prime Minister's special representative for La Francophonie. He is currently Executive Vice President of the Conference of Defence Associations Institute.

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